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87 ans après sa création en France par Alphonse Chérel, Assimil s’expatrie en Chine fin 2016 et installe ses bureaux à Shanghai. Une décision stratégique (inédite pour un éditeur français) qui trahit le déplacement des affaires sur la carte de l’économie mondiale.

« C’est une décision mûrement réfléchie et pas du tout un coup de tête » a déclaré Yannick Chérel, le directeur des éditions Assimil, lorsque la ministre de la culture lui a demandé les raisons de ce départ. En effet, Audrey Azoulay et Manuel Valls lui-même se sont émus de cette décision. « Assimil est une des grandes marques du patrimoine français et on ne peut que regretter ce départ » a déploré la Ministre de la Culture.

« ça ne peut pas être pire qu’en Europe »

Selon Olivier Sartoux, directeur de l’export, « le marché de l’apprentissage des langues ne cesse de décliner en Europe, l’instabilité économique et politique du Brésil accélère le mouvement et de nouveaux marchés s’ouvrent en Asie. Le potentiel est énorme. C’est une décision logique et inéluctable ». Assimil continuera son activité d’éditeur de méthodes et de livres d’auto-apprentissage, mais avec une majorité d’ouvrages en base chinoise, hindi, tamoule, bengali, indonésienne et russe pour couvrir la partie orientale de la Russie. Yannick Chérel est confiant dans la capacité de sa société à s’exporter et à conquérir de nouveaux territoires : « Assimil est connu en Asie mais n’avait pas, jusqu’à présent, la moindre structure de diffusion-distribution et le moindre produit spécifiquement développé pour ce continent. Nos ouvrages seront distribués par la grande chaîne Xinhua et ses 14000 points de vente C’est un changement d’échelle et un nouveau défi pour l’ensemble de l’équipe. Mais je suis très confiant : je sais bien qu’on dit que l’année du Singe sera une mauvaise année pour les affaires, mais d’une part je ne crois pas à ces superstitions, et d’autre part ça ne peut pas être pire qu’en Europe… »

Le personnel divisé

Justement, ce changement de cap n’est pas accueilli avec un enthousiasme égal de la part de l’ensemble du personnel. D’aucuns parlent de trahison à l’esprit d’origine et à la mémoire d’Alphonse Chérel (né à Rennes). Certains refusent évidemment de suivre le mouvement et de déménager, comme Marie Cousin, la directrice éditoriale : « c’est une décision trop lourde de conséquences pour moi. J’ai choisi de demeurer en France et de continuer la mise à jour des méthodes actuelles. Avec quelle équipe ? je ne sais pas trop pour le moment ». Quant à Nicolas Ragonneau, le directeur du marketing, la question d’un départ ne se pose même pas, pour d’autres raisons : « je suis allergique au glutamate » soupire-t-il.
Tout au contraire, Sophie Alvacete, la directrice de production, se ravit d’un tel changement : « J’adore travailler avec des typos UNICODE complexes et je suis très attirée par l’Orient. Au surplus, je pourrai mettre à profit ma connaissance du russe ».
La direction assure qu’il n’y aura pas de licenciements, sans en dire davantage pour le moment. « Evidemment, c’est une situation inédite et traumatisante pour beaucoup, mais je ne changerai pas d’avis. Nous aurons quitté la France pour le prochain Nouvel An chinois » martèle Yannick Chérel.