Fin juin nous avons accueilli Enzo François en stage, un jeune lycéen de seconde passionné de langues et qui en sait déjà beaucoup sur le sujet, comme le montre sa contribution.

Lorsque j’ai commencé à apprendre le japonais il y a deux ans, je pensais juste apprendre assez pour en acquérir les bases. En réalité, plus j’apprenais, plus je développais une passion pour cette langue, mais aussi pour toutes les langues du monde… Il y a tellement à dire sur les langues du monde. Chacune présente son originalité, ses spécificités. En apprenant des langues européennes proches comme l’anglais, l’espagnol, l’allemand, ou le latin, on remarque déjà des différences : certaines fonctionnent avec des cas (accusatif, génitif, etc.), d’autres non ; on voit des différences dans la manière de former les verbes, ou de les placer dans la phrase… Cependant, plus on s’éloigne de sa langue natale, en explorant des langues appartenant à des familles lointaines, plus on se rend compte de la diversité linguistique sur la planète. Savez-vous, par exemple, que certaines langues, comme l’indonésien, n’ont pas de temps verbal ? que dans d’autres, comme le swahili, les noms prendront des articles (les classificateurs) différents selon qu’ils décrivent une personne, un animal, une plante ou un objet ? Dans certaines langues d’Amazonie, il n’existe aucun nombre, et aucun terme de couleur ; dans d’autres, pas de verbe être ou avoir. La langue wobé du Libéria possède 14 tons ; et le ǃXóõ de Namibie 87 consonnes ! Ce ne sont là que quelques simples exemples de la richesse linguistique de la planète.

Ce monde fascinant des langues, je l’ai découvert au travers du japonais. Bien qu’étant moi-même métis franco-japonais, j’ai surtout vécu en France et en Australie, où j’ai plutôt appris le français et l’anglais ; au fil des années, je sentais bien que mes rudiments de japonais ne me permettaient pas de parler avec mes grands-parents au Japon. À l’âge de 13 ans, j’ai décidé de m’y mettre enfin sérieusement : c’est ainsi que j’ai entrepris d’apprendre le japonais – notamment avec la méthode “Sans Peine” d’Assimil, écrite par Catherine Garnier et Ariyuki Mori.
J’ai tout de suite vu que la langue est à l’opposé du français, au niveau de sa prononciation, son écriture, son lexique ou sa grammaire. Le verbe se situe à la fin de la phrase, les propositions relatives précèdent le nom ; le pluriel est rare, les verbes ne se conjuguent pas en fonction des pronoms personnels, et ces derniers s’utilisent beaucoup moins qu’en français… Quant à l’écriture, elle est composée de plus de 80 000 caractères, dont au moins 2500 s’utilisent quotidiennement.
Apprendre le japonais me semblait au départ un travail d’Hercule ; mais avec les bonnes méthodes – dans tous les sens du terme – assez de temps, de concentration et d’efforts, en travaillant à bonne dose quotidiennement, j’ai pu en acquérir une bonne maîtrise. Une approche que je m’étais créée consistait par exemple à lire tous les jours des phrases ou petits textes en japonais, en cherchant dans le dictionnaire tous les caractères et les mots nouveaux ; puis de recréer de nouvelles phrases avec les mêmes mots. Ce travail demandait une certaine autodiscipline, aussi bien dans l’apprentissage que dans la révision ; mais j’y étais encouragé par les progrès constants que j’accomplissais.
Aujourd’hui, je suis trilingue : outre le français et l’anglais que je pratiquais déjà couramment, désormais je peux parler, lire et écrire le japonais, notamment dans ma famille et sur Internet.

Enfin, c’est aussi le japonais qui a éveillé en moi une vive passion des langues. C’est ainsi qu’au cours des dernières années, j’ai pu explorer en parallèle l’allemand, le danois, le chinois, le latin – sans oublier, à l’occasion, le tchèque, le vietnamien, le féroïen, le basque ou le mwotlap. À chaque fois, c’est toute une découverte intellectuelle.

Enzo François, juillet 2019