Impressions d’un jeune polyglotte, par Enzo François

Publié le 10/09/2019 par Éditions Assimil
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Page de carnet d'Enzo François

Une page du carnet d’écriture d’Enzo qui lui sert à s’exercer aux écritures non-latines

Fin juin nous avons accueilli Enzo François en stage, un jeune lycéen de seconde passionné de langues et qui en sait déjà beaucoup sur le sujet, comme le montre sa contribution.

Lorsque j’ai commencé à apprendre le japonais il y a deux ans, je pensais juste apprendre assez pour en acquérir les bases. En réalité, plus j’apprenais, plus je développais une passion pour cette langue, mais aussi pour toutes les langues du monde… Il y a tellement à dire sur les langues du monde. Chacune présente son originalité, ses spécificités. En apprenant des langues européennes proches comme l’anglais, l’espagnol, l’allemand, ou le latin, on remarque déjà des différences : certaines fonctionnent avec des cas (accusatif, génitif, etc.), d’autres non ; on voit des différences dans la manière de former les verbes, ou de les placer dans la phrase… Cependant, plus on s’éloigne de sa langue natale, en explorant des langues appartenant à des familles lointaines, plus on se rend compte de la diversité linguistique sur la planète. Savez-vous, par exemple, que certaines langues, comme l’indonésien, n’ont pas de temps verbal ? que dans d’autres, comme le swahili, les noms prendront des articles (les classificateurs) différents selon qu’ils décrivent une personne, un animal, une plante ou un objet ? Dans certaines langues d’Amazonie, il n’existe aucun nombre, et aucun terme de couleur ; dans d’autres, pas de verbe être ou avoir. La langue wobé du Libéria possède 14 tons ; et le ǃXóõ de Namibie 87 consonnes ! Ce ne sont là que quelques simples exemples de la richesse linguistique de la planète.

Ce monde fascinant des langues, je l’ai découvert au travers du japonais. Bien qu’étant moi-même métis franco-japonais, j’ai surtout vécu en France et en Australie, où j’ai plutôt appris le français et l’anglais ; au fil des années, je sentais bien que mes rudiments de japonais ne me permettaient pas de parler avec mes grands-parents au Japon. À l’âge de 13 ans, j’ai décidé de m’y mettre enfin sérieusement : c’est ainsi que j’ai entrepris d’apprendre le japonais – notamment avec la méthode “Sans Peine” d’Assimil, écrite par Catherine Garnier et Ariyuki Mori.
J’ai tout de suite vu que la langue est à l’opposé du français, au niveau de sa prononciation, son écriture, son lexique ou sa grammaire. Le verbe se situe à la fin de la phrase, les propositions relatives précèdent le nom ; le pluriel est rare, les verbes ne se conjuguent pas en fonction des pronoms personnels, et ces derniers s’utilisent beaucoup moins qu’en français… Quant à l’écriture, elle est composée de plus de 80 000 caractères, dont au moins 2500 s’utilisent quotidiennement.
Apprendre le japonais me semblait au départ un travail d’Hercule ; mais avec les bonnes méthodes – dans tous les sens du terme – assez de temps, de concentration et d’efforts, en travaillant à bonne dose quotidiennement, j’ai pu en acquérir une bonne maîtrise. Une approche que je m’étais créée consistait par exemple à lire tous les jours des phrases ou petits textes en japonais, en cherchant dans le dictionnaire tous les caractères et les mots nouveaux ; puis de recréer de nouvelles phrases avec les mêmes mots. Ce travail demandait une certaine autodiscipline, aussi bien dans l’apprentissage que dans la révision ; mais j’y étais encouragé par les progrès constants que j’accomplissais.
Aujourd’hui, je suis trilingue : outre le français et l’anglais que je pratiquais déjà couramment, désormais je peux parler, lire et écrire le japonais, notamment dans ma famille et sur Internet.

Enfin, c’est aussi le japonais qui a éveillé en moi une vive passion des langues. C’est ainsi qu’au cours des dernières années, j’ai pu explorer en parallèle l’allemand, le danois, le chinois, le latin – sans oublier, à l’occasion, le tchèque, le vietnamien, le féroïen, le basque ou le mwotlap. À chaque fois, c’est toute une découverte intellectuelle.

Enzo François, juillet 2019

Commentaires

Par Michel BELLON le 10/09/19 à 15h28

Bonjour Enzo,

J’admire ton enthousiasme pour les langues et il me ravit d’autant plus que je peux le rapprocher de ma propre expérience.

Assimil propose actuellement des ouvrages sur environ 90 langues, en comptant celles qui sont sorties du catalogue (provisoirement, espérons-le) ! Il y en avait à peu près 10 fois moins lorsque j’ai commencé, au même âge que toi, à m’intéresser à l’éditeur, pour ne jamais plus m’en éloigner. Et Internet étant loin d’exister à l’époque, il était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui d’avoir accès aux publications étrangères. Les conditions sont donc favorables pour que ta passion des langues se développe encore à l’avenir, et je ne peux que te souhaiter de continuer à faire de nombreuses découvertes qui te surprendront et t’enchanteront.

Parmi les langues qui t’intéressent particulièrement, tu cites le mwotlap. Si j’ajoute à cela ton nom de famille et le fait que tu as vécu en Australie, je soupçonne que tu es un proche parent d’Alexandre François, auteur de nombreux articles et livres consacrés notamment aux langues de Vanuatu ! 😉

Bonne fin de journée,
Michel.

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