Langue roumaine :
histoire et racines

Publié le 05/02/2019 par Assimil
7 commentaires

Parlé majoritairement en Roumanie et en Moldavie, le roumain est une langue qui prend ses racines dans le latin vulgaire. Il appartient à la famille des langues indo-européennes et plus précisément au groupe de langues romanes orientales. Zoom sur son héritage linguistique.

Expansion de l’empire romain et racines du roumain

Le roumain prend son origine des guerres menées par l’empereur Trajan au début du IIe siècle, pour agrandir l’empire romain. Trois provinces sont alors envahies : la Dacie – correspondant à la Roumanie actuelle, la Mésie et l’Illyrie. Le latin se diffuse dans ses régions et les populations thraco-daces abandonnent leur langue au profit du latin. Dès le IIIe siècle, de nouveaux envahisseurs se succèdent, forçant les populations locales à se réfugier dans les Carpates. Le latin résiste. Mais un peu plus d’un siècle après la soumission de la Dacie, les Romains décident d’abandonner la province alors en proie aux invasions germaniques. Les arrivées des Huns à la fin du IVe siècle, puis des Slaves au VIIe siècle finissent d’éradiquer les derniers vestiges de l’héritage romain : structures politiques, villes et villages, notamment. Si le latin parvient à se maintenir malgré ces invasions, il n’échappe pas à quelques influences linguistiques des différents envahisseurs. C’est le cas notamment du slave qui fait évoluer le latin parlé en Dacie.

À lire aussi : Le roumain, Ionesco et la méthode Assimil : entretien avec Vincent Ilutiu

Une langue initialement orale, qui s’écrit et se normalise

L’histoire du roumain n’est pas si récente, et pourtant, cette langue est restée longtemps orale. Le premier document écrit en roumain remonte au XVIe siècle seulement. Il s’agit d’une lettre à un marchand, écrite en alphabet cyrillique.
Cette absence de traces écrites s’explique par le fait que les élites n’écrivaient pas en roumain, mais en hongrois, en allemand ou en grec. Mais de nouveaux textes vont être rédigés par la suite – notamment des textes religieux et la Bible.

Difficile de savoir si l’alphabet latin avait été utilisé avant l’alphabet gréco-cyrillique qui apparaît dans ces premiers écrits. Quoi qu’il en soit, l’alphabet cyrillique roumain, utilisé jusqu’à la moitié du XIXe siècle, est composé de 44 caractères. Certains groupes de lettrés de Roumanie militent en faveur de l’introduction de l’alphabet latin. Une courte période de transition s’opère pendant laquelle les deux alphabets cohabitent. Puis, l’alphabet latin prend le dessus en 1860.

Fondée en 1866, l’Académie Roumaine tient un rôle important dans la normalisation de la langue roumaine. Après avoir abandonné l’alphabet cyrillique au profit de l’alphabet latin en 1860, il reste encore à établir une orthographe officielle des mots roumains. La toute première réforme officielle entre en vigueur en 1881. Deux clans s’opposent : ceux qui veulent une orthographe étymologique et ceux qui veulent une orthographe basée sur la phonétique du roumain. C’est cette dernière option qui finit par s’installer en Roumanie, au fil du temps, après plusieurs réformes orthographiques opérées dans le but de simplifier la langue.

À lire aussi : les bonnes raisons d’apprendre le roumain

Une langue qui sait assimiler

Le lexique roumain est donc en toute logique, multiculturel. Selon une statistique datant de la fin des années 1980, environ un tiers des mots roumains ont été transmis du latin, et environ 10 % prennent leurs racines dans le slave commun et le vieux slave. Les langues des pays voisins comme le bulgare, le grec, le hongrois et le russe, participent également à l’évolution de la langue roumaine. Au XIXe siècle, ce sont les langues romanes occidentales, telles le français ou l’italien, qui s’ajoutent au mélange et qui rappellent les racines latines du roumain. Au total, les mots d’origine latine et romane représentent près de 3/4 du vocabulaire roumain actuel. Mais le roumain n’a de cesse d’évoluer et depuis la chute du mur de Berlin, les mots anglophones s’invitent de plus en plus dans la langue roumaine. Une preuve supplémentaire de la malléabilité de cette langue, qui malgré les différentes influences qu’elle a subies au fil des siècles, n’a jamais perdu son héritage latin puisqu’elle en conserve certaines règles de base comme la forme neutre ou encore la déclinaison des substantifs. C’est pourquoi la langue roumaine est souvent considérée comme la plus latine des langues romanes.

Le roumain au XXIe siècle

Pour rappel, le roumain est la langue officielle de la Roumanie. Il s’agit de la langue maternelle de plus de 90 % de la population roumaine. Elle est également parlée en Moldavie. Au total, dans le monde, environ 28 millions de personnes parlent roumain, soit en tant que langue maternelle, soit en tant que langue secondaire. Outre la Roumanie et la Moldavie, on trouve des locuteurs roumains dans d’autres pays, comme les États-Unis, l’Ukraine ou encore Israël.

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Commentaires

Par Brice le 11/02/19 à 12h35

Merci pour cet article

Par Chris K. le 12/02/19 à 11h25

Bonjour,

La Roumanie étant voisine de la Bulgarie, j’ouvre une parenthèse à tous les slavistes:

Qui a étudié le bulgare avec la méthode ASSIMIL ?
(Le bulgare « sans peine » + guide de conversation « Le
bulgare de poche ») ?
Quels sont vos impressions en terme d’apprentissage et
de progression?
Pour moi c’est une très bonne méthode, mais qui devrait
être réactualisée.

Le bulgare (avec le macédonien) a des spécificités
grammaticales qui le différencie des autres langues
slaves, et il n’existe que peu d’ouvrages francophones
pour apprendre le bulgare qui est parlé par environ 10
millions de personnes au sein de l’Union Européenne.

Là je m’adresse spécifiquement à Michel BELLON:

Je pense que tu dois connaître le livre « Manuel de
langue bulgare à l’usage des étrangers » de S.Guinina, Tz.
Nikolova, et L. Sakazova (1965 réédité en 1972).

Hormis son âge et sa grande proximité avec la Bulgarie
communiste de l’époque, que penses tu de cet ouvrage
en terme de didactique et de pédagogie ?
(Je t’ai peut-être déjà posé la question il y a un certain temps, mais je ne me rappelle plus, et il est impossible de retrouver facilement les anciens commentaires de ce blog !)

Pour les personnes qui s’intéressent à la Bulgarie, à sa
culture et à son histoire, je ne peux que conseiller le
roman « Sous le joug » d’Ivan Bazov (1850-1921) traduit
en français par Marie Vrinat-Nikolov (co-auteure du
bulgare « sans peine » et professeur à l’INALCO) dont le
titre original est « Под игото » (Иван Вазов).
L’étude de ce roman historique est obligatoire dans tous
les lycées de Bulgarie, ainsi que le poème « Аз съм
българче » du même auteur.

🙂🇧🇬

Par Michel BELLON le 13/02/19 à 18h35

Bonjour Chris,

Mon avis sur le Bulgare sans peine est très positif. Je regrette seulement que ce que les auteures appellent, selon la tradition grammaticale française, le « mode médiatif » (dit « mode narratif », преизказно наклонение en bulgare), ne soit pas présenté d’une manière plus complète, car la formation et surtout l’emploi de ce mode sont des points assez difficiles de la grammaire du bulgare. Mais il faut remarquer que la plupart des méthodes disponibles à l’étranger négligent aussi cette question, qui n’est pas toujours abordée de façon très claire et approfondie (on est là un peu dans une situation comparable à celle du traitement des accents et tons du croate, par exemple). De ce point de vue, ni Routledge dans son Colloquial Bulgarian, ni Teach Yourself dans son Bulgarian ne font vraiment mieux. La leçon 84 du Bulgare sans peine énumère bien la plupart des cas d’emploi du médiatif, mais les exemples proposés et ceux qu’on trouve dans les textes où des verbes sont employés à ce mode mériteraient d’être mieux analysés, me semble-t-il.

Je connais bien le Manuel de langue bulgare à l’usage des étrangers de Stefana Tsvetanova Guinina, Tsvetana Nikiforova Nikolova et Liouba Anastasova Sakăzova. C’est à l’aide de ce livre, étudié de bout en bout, que j’ai (re)travaillé la langue lors de mon premier séjour professionnel en Bulgarie, en 1981, et d’ailleurs avec sa version en russe, Учебник болгарского языка для иностранцев, puisque je n’avais à ce moment-là autour de moi que peu de collègues francophones susceptibles de m’aider dans cette tâche. L’apprentissage en immersion est d’une efficacité sur laquelle il me semble inutile d’insister. Je n’ai acquis qu’un peu plus tard la version en français de l’ouvrage, et il en existait aussi une en anglais ainsi peut-être qu’en allemand et en espagnol, mais j’en suis moins sûr car je n’ai jamais eu l’occasion de les voir. Ce manuel, qui reflète une époque disparue, a longtemps constitué le « passage obligé » pour les étrangers étudiant le bulgare dans les cours organisés par les universités du pays, notamment ceux plus spécialement destinés aux étudiants pendant l’été. Mon opinion est là encore très positive, comme elle l’est par exemple pour les ouvrages conçus dans le même but en Tchécoslovaquie (Čeština pro cizince – Le tchèque sur la base du français, de Václav Vlasák, Milan Šára, Jitka Šárová et Antonín Bytel) ou en Roumanie (Cours de langue roumaine de Boris Cazacu). Dans le manuel de bulgare, la question du mode narratif n’est abordée principalement que dans trois leçons, dans la seconde partie du cours. Il faut dire que même les grammaires de la langue écrites en bulgare, qui s’adressent donc avant tout aux bulgarophones de naissance, sont elles aussi parfois assez succintes sur le sujet. Mais la progression d’ensemble du Manuel est bien pensée, et l’aspect « idéologique » moins pesant que ce qu’on pourrait redouter.

Il y a une petite coquille dans ton texte, dans la translittération du nom d’Ivan Vazov (Иван Вазов), le « patriarche de la littérature bulgare ». C’est exactement le genre d’inattentions que je commets moi-même (comme récemment encore !) et qui me rendent furieux quand je m’en aperçois, trop tard… 😀

Bonne soirée,
Michel.

Par Laurent Martin le 13/02/19 à 21h43

Bonjour assimil,

y a t-il une chance de voir publier au moins une nouvelle mise à jour de l’ hindi ? au minimum
Cordialement

Par Chris K. le 14/02/19 à 0h21

Merci Michel,

Effectivement, je fais souvent ce genre de coquille lorsque je passe rapidement de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin
en passant par l’alphabet grec, et ce malgré ma vigilence… 😂

Je recommande également le film bulgare « Тютюн » (« Tabac », 1961) tiré du roman de Димитър Димов / Dimităr Dimov (1909-1966).
En outre, la bibliographie et le nombre de publications de Marie Vrinat-Nikolov (co-auteure du bulgare « sans peine », 2001) disponibles sur le site de l’INALCO sont impressionants.

Sans vouloir « vendre la mèche » trop tôt ni dévoiler des secrets éditoriaux;
oui, je crois savoir qu’une refonte du bulgare et du hindi sont en cours d’écriture pour les éditions ASSIMIL.
A suivre de près…

Par Albert ODILLON le 31/03/19 à 16h26

Je trouve que le roumain facile à apprendre vu que cette langue est latine et qu’il y a des mots qui ressemblent à l’italien, au Français et à l’espagnol donc je suppose avec la méthode Assimil, aucun problème

Par Chris K. le 04/04/19 à 20h02

Le roumain n’est pas aussi simple à apprendre;
il y a des conjugaisons assez complexes à l’instar des autres langues néo-latines et à la différence des autres langues de cette même famille, il y a des cas de déclinaison et un système d’article défini postposé.
Enfin, si 90% des mots roumains sont d’origine latine,
les 10% restants sont des mots d’origine slave, hongroise, grecque, et turque.

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