Les idées reçues sur l’apprentissage du russe

Publié le 08/04/2019 par Assimil
3 commentaires

Un pays peuplé de personnes blondes, froides, portant des chapkas et ne consommant que de la vodka. Les clichés ont la vie dure en ce qui concerne nos amis russes. Une image véhiculée par l’histoire récente du pays, et en partie par le cinéma (américain, pour ne pas le citer). Sans surprise, le russe souffre, lui aussi, de beaucoup de préjugés : langue difficile à parler, alphabet compliqué à maîtriser, etc. Assimil met à mal les idées reçues et vous invite à apprendre le russe.

Idée reçue n°1 : apprendre le russe est très difficile

Il s’agit sans doute de l’idée reçue sur l’apprentissage du russe la plus courante. Sur quoi se fonde-t-elle vraiment ? Un alphabet différent du latin ? Une prononciation inhabituelle à nos oreilles occidentales ? Ou encore une large part de fantasme autour du vaste pays eurasien, entretenue par une longue histoire et des fictions en tous genres ? S’il existe une certitude, c’est que pour penser qu’apprendre le russe est incroyablement complexe, il ne faut s’être jamais réellement penché sur le sujet.

D’une manière générale, il n’y a pas de langue plus difficile à apprendre et à parler qu’une autre. C’est une croyance basée sur un prisme qui est propre à chacun (situation géographique, influence historique, etc.). Chaque langue possède ses propres complexités. Le russe n’échappe évidemment pas à la règle. Mais une bonne partie du monde doit penser pareil du français, et à raison. Apprendre le russe, comme une autre langue, demande « simplement » une pratique régulière, un peu de patience et de méthodologie, et surtout beaucoup de curiosité pour la langue et la culture du pays.

Bien évidemment, vous risquez d’avoir du mal à lire et comprendre l’intégrale de Tolstoï en version originale au bout de deux semaines. Cependant, vous pourrez déjà avoir de solides bases en tout juste six mois d’apprentissage. Les plus motivés et assidus pourront même avoir un très bon niveau de russe au bout de deux ans. Voire moins si vous décidez, par exemple, de partir quelques mois à la découverte de la Russie, ses habitants et sa culture.

À lire aussi : Les idées reçues sur l’apprentissage des langues étrangères

Idée reçue n°2 : l’alphabet cyrillique est incompréhensible

Autre idée reçue sur l’apprentissage du russe : les difficultés liées à l’alphabet cyrillique. Certes, en y jetant un rapide coup d’œil, un alphabet différent du sien – autrement dit avec des symboles encore inconnus – peut faire naître des interrogations. Le réflexe est compréhensible. Mais, très vite, les craintes devraient s’envoler aussi vite qu’elles sont arrivées. Et en quelques jours et leçons, cette « épreuve » sera un lointain souvenir.

L’alphabet russe comporte 33 lettres, contre 26 pour l’alphabet latin. Mais en y regardant de plus près, vous connaissez déjà une majorité des lettres qui composent le cyrillique. Tout d’abord, 7 des 33 lettres sont identiques à celles de l’alphabet latin. Ou, pour être plus précis, elles s’écrivent de la même manière.

Lettres Son
A A
E
З ou Z Z
K K
M M
O O
T T

Outre ces 7 lettres courantes pour tous les francophones, celles et ceux ayant suivi des cours de grec durant leur scolarité devraient reconnaître également des symboles bien connus. En effet, 9 lettres proviennent du grec :

Lettres Son
Б B
Г Guè
Д D
У Ou
Ф F
П P
С S
Р R
Л L dur

Au final, même si toutes les lettres et leur prononciation sont à connaître, il ne vous restera que 15 symboles encore méconnus – ou issus du latin mais à la prononciation différente – à découvrir et apprendre. Une maîtrise accessible à tous assez rapidement.

Lettres Son
И I
Й ï
Ц Ts
Ч Tch
Н N
Ш Ch
Щ Chtch
Х Kha
Ы I dur
Ь (signe mou)
Ъ (signe dur)
Ж Ge, J
В V
Э
Ю You
Я Ya
Ё Yo

Les signes « mou » et « dur », présents dans cet alphabet, ne sont pas des lettres à proprement parler. Ces symboles sont utilisés pour durcir ou ramollir la lettre les précédant.

À lire aussi : Y a-t-il des langues plus faciles à apprendre que d’autres ?

Idée reçue n°3 : apprendre le russe n’est pas utile

Pourquoi parler russe alors qu’il est plus utile de maîtriser l’anglais, le chinois ou le japonais ? Là encore, beaucoup d’idées reçues entourent l’apprentissage du russe comme langue utile à l’international. Pourtant, il s’agit de la huitième langue la plus parlée dans le monde, derrière le chinois, l’espagnol, l’anglais, l’arabe, l’hindi, le bengali et le portugais. Non seulement parlé dans le pays le plus vaste de la planète, le russe est fréquemment utilisé dans des pays comme la Pologne, des communautés russophones sont présentes dans de nombreux pays comme la Pologne, l’Ukraine, la Géorgie, l’Arménie, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, Israël, ainsi que d’autres nations d’Asie centrale. De même, avec l’immigration, de grandes communautés russophones sont établies dans de grands pays du monde comme les États-Unis, le Canada, ou l’Allemagne.

Quand on parle de langue étrangère, revient régulièrement le concept de langue d’avenir, basé sur un critère principalement commercial et économique. C’est notamment pourquoi le mandarin a connu un essor ces dernières années. Pour autant, sur ce secteur « d’avenir », la Russie est loin d’être en reste. Déjà, elle est la deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis et devant la Chine. Mais c’est sans compter sur le développement de marchés et d’opportunités commerciales dans des pays d’Europe de l’Est ou d’Asie orientale et centrale, pays où le russe est une langue omniprésente.

Enfin, si vous êtes plus tourisme que business – ce que l’on comprend totalement – l’apprentissage du russe sera un véritable atout pour partir à la découverte d’un pays unique. De par son immensité – environ 30 fois la France – la Russie regorge de paysages sublimes et variés, et de richesses culturelles et historiques. De Moscou au lac Baïkal, au nord de la Mongolie ; de Saint-Pétersbourg à la Carélie, à la frontière finlandaise, un territoire immense vous attend.

À lire aussi : Langues du monde : les plus puissantes sont-elles les plus parlées ?

Idée reçue n°4 : les Russes sont inhospitaliers

Inutile de se voiler la face : dans l’imaginaire collectif, les Russes ne bénéficient pas d’une très bonne image. Et ce, depuis longtemps. Parmi les clichés récurrents (dictés en partie par le cinéma américain), reviennent souvent ceux de gens bourrus, généralement armés, imposant leur loi dans des villes grises et ternes ne voyant jamais le soleil. Pour la nouvelle génération, avec Internet, les images estampillées « Россия » (Russie) montrent souvent des jeunes gens réalisant des défis dangereux (pour ne pas dire bêtes). Et cela va même jusqu’à leur président, Vladimir Poutine, et son image d’homme d’État froid, sans état d’âme.

Soyez rassurés, en partant découvrir la Russie, vous ne tomberez pas sur des gens coiffés de chapka, une bouteille de vodka à la main et une arme au poing. Bien au contraire. Loin de cette image de peuple brutal, les Russes sont particulièrement hospitaliers. Ils n’hésiteront pas à vous ouvrir leur porte, à vous inviter chez eux et vous faire découvrir leur culture, leurs coutumes, et autres spécialités gastronomiques.

Une bonne occasion surtout de vous perfectionner en russe, au contact des locaux. Compréhension, prononciation : rien de tel pour progresser que d’aller à la rencontre des gens et d’entamer la conversation, sans avoir peur de se tromper. Dans le meilleur des cas, les Russes vous corrigeront et vous aideront à vous améliorer. Il y a pire qu’une terrasse sur la place Rouge pour travailler son russe et progresser en langue !

À lire aussi : Trucs et astuces pour pratiquer une langue étrangère chaque jour sans y penser

Assimil vous accompagne dans l’apprentissage de la langue russe grâce à ses guides de conversation, ses cahiers d’exercices, ou encore ses collections d’apprentissage sans peine pour débutants ou de perfectionnement.

Merci à Victoria Melnikova-Suchet pour sa relecture amicale.

Commentaires

Par Chris K. le 09/04/19 à 13h01

Effectivement, ce sont vraiment des clichés et des idées reçues sur la Russie, les russes, et la langue russe… 🇷🇺

La grammaire russe est certes conséquente avec ses cas de déclinaison, ses irrégularités, et ses aspects verbaux, mais elle n’est pas impossible à apprendre.

Pour moi la vraie difficulté du russe (et aussi de l’ukrainien, du biélorusse, du slovène, et du bulgare), c’est l’accent tonique imprévisible et les voyelles atones qui en sont la conséquence.
L’accent tonique peut frapper n’importe quelle syllable, peut être mobile en fonction de la déclinaison du mot, et il n’est jamais noté (sauf dans les manuels d’apprentissage et dans certains dictionnaires).
Il n’y a pas de règle; il faut beaucoup d’écoute et mémoriser chaque mot avec son accent.

Dans les autres langue slaves comme le polonais, le tchèque, le slovaque, le serbe et le croate, l’accent tonique est beaucoup plus régulier et prévisible, même si on rencontre les même difficultés grammaticales qu’en russe.

Par Michel BELLON le 14/04/19 à 13h13

Bonjour,

J’ai lu cet article avec un grand intérêt et je voudrais faire quelques remarques au sujet de certains de ses passages.

Dans la PREMIÈRE SECTION, si l’auteur a raison de rappeler que le succès dans l’étude des langues repose sur la régularité et bien évidemment la motivation, il reste que le russe présente de réels écueils pour les francophones et les locuteurs des langues romanes ou germaniques, entre autres et pour nous limiter à l’Europe. Je n’affirmerais pas pour ma part qu’ « il n’y a pas de langue plus difficile à apprendre et à parler qu’une autre », car cette notion de difficulté est toute relative et liée essentiellement à la langue maternelle. Il n’est pas vrai par exemple qu’un niveau suffisant pour pouvoir communiquer au quotidien soit pour nous aussi facile à atteindre en russe qu’en portugais, comme j’ai pu l’observer en de multiples circonstances. Inversement, j’ai maintes fois constaté que polonophones, tchécophones ou croatophones sont confrontés à des problèmes bien plus ardus en français qu’en russe. Si on regarde à présent le hongrois, le géorgien ou l’inuktitut (liste qui pourrait être beaucoup, beaucoup plus longue), je n’ai jamais rencontré personne estimant leur apprentissage aisé, et en ce qui me concerne, je leur attribuerais une note très élevée sur l’échelle de la difficulté, bien que je sois habitué depuis des décennies à aborder les langues les plus diverses.

C’est de toute façon sur plusieurs plans que se situent les difficultés des langues étrangères. Ainsi, pour nous francophones, le portugais ne pose normalement que peu de problèmes de prononciation ou de vocabulaire. En grammaire par contre, l’emploi du subjonctif futur et de l’infinitif personnel est beaucoup plus délicat car il s’agit, au sein du groupe roman dont il fait partie comme le français, de temps et modes propres au portugais et à ses parents proches, le galicien et le mirandais (le subjonctif futur ne subsiste en espagnol que dans des expressions figées ou dans le langage juridique). En revanche, le russe s’écarte assez considérablement de notre langue sur les trois plans de la prononciation (avec notamment la distinction entre consonnes vélaires et palatalisées, ou la mobilité de l’accent tonique qui entraîne de nombreuses alternances vocaliques orales), du vocabulaire (à signification égale, le lexique slave ne rappelle que rarement celui des langues romanes ; des emprunts au français, plutôt nombreux, viennent toutefois alléger un peu la tâche de la mémoire) et de la grammaire (le système de déclinaisons est assez touffu, la construction et l’emploi des aspects et sous-aspects verbaux sont souvent redoutables). Arrêtons-nous pour le plaisir 😉 sur le cas du géorgien, qui est encore « pire ». Je ne parle pas de l’alphabet, puisqu’en effet on peut l’apprendre très vite, d’autant que les lettres n’y ont qu’une seule forme (pas de majuscules, et cursive ne se distinguant de l’imprimerie que pour quelques lettres, sans que son tracé particulier soit d’un emploi obligatoire). Mais la prononciation des consonnes est souvent difficile pour un gosier français car d’une part celles qui sont glottalisées n’ont d’équivalents dans aucune des principales langues indo-européennes, et de l’autre, leurs extravagantes accumulations compliquent singulièrement la tâche. Des mots comme მთვარე [mtvarè] = la lune, ვარსკვლავი [varsk‘vlavi] = l’étoile, ზღვა [zghva] = la mer ou, dans un lexique moins fondamental, თვითმფრინავი [tvitmprinavi] = l’avion ou მწვრთნელი [mts‘vrtneli] = l’entraîneur, le « coach », font figure de cas encore relativement simples, car on peut trouver (notamment dans un texte classique comme le poème épique de Chota Roustaveli ვეფხისტყაოსანი, [vepkhist‘qaosani], « L’Homme à la peau de panthère », traditionnellement traduit en français par « Le Chevalier à la peau de tigre ») des termes où se succèdent jusqu’à 12 consonnes sans la moindre voyelle ! En outre, le vocabulaire le plus courant demande d’importants efforts de mémorisation car aucun mot proprement géorgien n’a de similitudes avec ceux des langues indo-européennes et les emprunts ne sont pas très nombreux. Mais surtout, le système verbal est d’une rare complexité : à côté des classes, séries, sous-séries, temps, modes et aspects, il faut pour le décrire avoir recours à des termes spécifiques comme « tiroir » (groupe de formes de différents temps, aspects et modes ; un certain nombre de grammaires se servent pour désigner cette notion du mot anglais « screeve », adaptation du terme grammatical géorgien მწკრივი, [mts‘k‘rivi] signifiant « rangée ») ou « version » (indication à l’intérieur même de la forme verbale de son objet direct et/ou indirect au moyens de divers affixes, ce pourquoi on qualifie les verbes géorgiens de « multipersonnels »). Cette particularité va de pair avec l’ergativité, autre caractéristique du géorgien (et aussi du hindi, du basque ou de l’inuktitut, parmi d’autres nombreuses langues de toutes familles), mais une ergativité qui n’est pas déterminée uniquement par la syntaxe, mais dépend également du temps du verbe de la phrase. Il y a enfin une corbeille de cerises sur le gâteau, à savoir les très nombreux verbes qui ne suivent pas, en totalité ou seulement en partie, les modèles de base. Combien de fois, pensant avoir acquis le paradigme de telle ou telle classe, je me suis heurté à des exceptions inattendues, des variations incongrues, des irrégularités fantasques, des formes apparemment aberrantes ! Qui dans ces conditions pourrait prétendre que le géorgien n’est pas plus difficile à apprendre que l’anglais, l’espagnol ou même le russe ?…

Dans la DEUXIÈME SECTION, le paragraphe concernant les lettres cyrilliques identiques à celles de l’alphabet latin comporte une inexactitude, car Z n’est pas une forme alternative de З comme la présentation le laisse penser, mais il s’agit de la lettre grecque Ζ, dzêta, d’où provient ce З, qui devrait donc figurer au paragraphe suivant. Le nombre de lettres identiques en cyrillique et latin se limite à six.
Pour les lettres provenant du grec, si l’auteur parle effectivement de leur origine, comme l’indique sa formulation, et pas de leur ressemblance avec celles de l’alphabet grec, la liste devrait inclure (dans l’ordre alphabétique cyrillique) :
– В, plus immédiatement identifiable de ce point de vue que Б, qui lui aussi vient de Β, bêta ;
– И et Й qui viennent de Η, êta ;
– Н qui vient de Ν, nu ;
(И et sa variante Й ainsi que Н ont connu simultanément au XIVe siècle une modification du sens et de l’orientation de la barre transversale par rapport à leurs modèles grecs)
– Х qui vient de Χ, khi ;
– Ъ, Ы et Ь qui, même si ce n’est pas évident, sont issues d’une graphie réduite de Ο, omicron, combiné dans le cas de Ы avec Ι, iota ;
– Э qui, comme Е dont elle est la forme inversée et Ё, vient de Ε, epsilon ;
– Ю qui est la ligature de Ι, iota avec Ο, omicron ;
– Я qui est à l’origine la ligature de Ι, iota avec Α, alpha.

La TROISIÈME SECTION est la plus discutable. La Russie n’est assurément pas la « deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis et devant la Chine », et il est clair que cette affirmation est une erreur. Aucun classement ne lui attribue une telle position. Parmi les plus récents, celui du FMI la situe à la 12ème place pour le PIB total, entre la Corée du Sud et l’Australie (les États-Unis sont 1ers et la France 5ème), et pour le PIB par habitant, elle ne figure même pas dans les 30 pays de tête (la 1ère place est occupée par le Luxembourg, les États-Unis sont à la 8ème et la France à la 22ème). Les données fournies par la Banque Mondiale sont identiques, alors que l’ONU place la Russie en 13ème position, après l’Australie. Peut-être plus significatif encore, pour le PIB à parité du pouvoir d’achat, la Russie se situe au 51ème rang mondial selon le FMI, et au 59ème d’après la Banque Mondiale. Pour les deux organisations, c’est le Qatar qui tient la 1ère place sur la base de ce critère, tandis que la France est 29ème pour l’une et 31ème pour l’autre.
Si on examine maintenant les échanges commerciaux, la Russie a certes un solde positif, mais elle n’est que le 16ème pays exportateur (la Chine est 1ère et la France 7ème) et le 23ème importateur mondial (les États-Unis sont 1ers et la France 7ème).
Enfin, pour le niveau de vie, le salaire moyen à parité du pouvoir d’achat classe la Russie à la 30ème place mondiale d’après les données de l’ONU (qui met les États-Unis à la 1ère place et la France à la 15ème) et à la 37ème selon l’Organisation Internationale du Travail (pour qui c’est le Luxembourg qui est à la 1ère place, et la France à la 11ème).
Il n’est pas fréquent qu’on mentionne de tels chiffres sur ce bloc-notes, et il serait fastidieux d’en rajouter, mais il me semble que ce qui précède fait bien ressortir que le rang de la Russie au niveau mondial, sans être catastrophique, est assez loin d’être l’un des tout premiers. En fait, il n’y a que sur deux points qu’on peut la classer en haut d’un tableau : pour l’étendue du territoire (c’est le 1er pays par la superficie, bien qu’il ait perdu environ 25 % de celle de l’ex-U.R.S.S.) et… l’armée (2ème puissance après les États-Unis, et 3ème ou 4ème selon les sources pour les dépenses militaires, la France étant classée 5ème sur les deux critères). Citons aussi la population, car la Russie se hisse encore au 9ème rang mondial (la Chine est au 1er et la France au 20ème), avec un peu plus de 140 millions d’habitants, bien qu’elle stagne dans ce domaine-là depuis une quinzaine d’années en raison d’une baisse de la natalité consécutive à des conditions socio-économiques défavorables et à une forte émigration, phénomènes qui touchent comme on le sait plusieurs pays de l’ancien « bloc soviétique ».

Par ailleurs, voir le russe comme une langue « omniprésente » dans les pays d’Europe et d’Asie orientales me paraît relever plus de l’optimisme que de la réalité. Il est vrai que dans tout l’espace centre-asiatique ex-soviétique (Kazakhie, Ouzbékie, Kirghizie, Turkménie et Tadjikie), le russe est assez généralement présent. Mais comme en Azerbaïdjan, il y subit la concurrence du turc qui est sans doute la véritable « langue d’avenir » de ces pays, en raison notamment de sa parenté avec celles qui sont parlées localement (sauf le tadjik, très proche du persan). Plus à l’est en Asie, l’anglais et le chinois dominent largement et ne laissent que très peu de place au russe. Enfin, en Europe « de l’Est » des raisons suffisamment évidentes pour qu’il soit inutile de les développer font que les populations ont massivement tourné le dos au russe, au profit de l’anglais et parfois de l’allemand. Ce sont surtout les générations scolarisées à l’époque soviétique, maintenant vieillissantes, qui pratiquent encore (et avec réticence, comme n’importe qui pourra le comprendre en s’adressant en russe aux passants dans les rues de Prague, Varsovie ou Budapest) une langue qui était alors imposée dans l’enseignement et symbolisait un pouvoir oppressant. S’y ajoutent bien sûr les russophones de naissance, installés anciennement, ou à l’époque soviétique, ou plus récemment arrivés. Le seul élément qui assure une relative expansion du russe, et cela un peu partout, est l’afflux de touristes, comme on le voit par exemple en Grèce (et tout particulièrement en Crète), à Chypre ou en Égypte. Mais il s’agit là d’une langue au champ d’application assez limité, et le chinois, le japonais ou le coréen ne font pas moins bien de ce point de vue.

Enfin dans la QUATRIÈME SECTION, je m’étonne de lire « en creux » que M. Poutine serait un homme avenant et soucieux d’une certaine éthique. Passons. Là où je rejoins cependant l’auteur, c’est pour dire que le peuple russe est dans l’ensemble extraordinairement chaleureux, hospitalier, généreux. Il me semble bien que c’est la façon dont il est le plus souvent perçu chez nous et que le titre de cette partie ne reflète pas vraiment la réalité, et c’est heureux. Le plus important n’est-il pas après tout de souligner le plaisir et l’enrichissement qu’on peut avoir à communiquer avec les Russes, surtout si on utilise leur langue pour cela ? En définitive, je vois comme intérêt principal à l’étude du russe, outre la beauté intrinsèque de la langue, l’accès qu’elle offre à une culture passionnante.

Bon après-midi,
Michel.

Par Michel BELLON le 20/04/19 à 17h09

Bonjour,

Le hasard veut que le quotidien russe Коммерсантъ ait publié dans son édition du 18/4, une information du groupe financier américain Bloomberg, dont on peut traduire le résumé placé en tête d’article de la façon suivante :
« Bloomberg place la Russie à la 17ème place des économies mondiales les plus faibles. Le Misery Index prend en compte l’inflation et le chômage. Pour la cinquième année consécutive, les indicateurs les plus mauvais sont ceux du Venezuela. La situation reste tendue et sans signes d’amélioration en Argentine, en Afrique du Sud et en Turquie. Les économistes notent une tendance dynamique positive en Grèce et en Ukraine. »

Cette information provient certes d’un organisme américain, mais Коммерсантъ s’en fait l’écho sans la commenter plus avant, et il me semble qu’elle confirme le fait que la Russie est très loin d’être la deuxième puissance économique mondiale.

Bonne fin d’après-midi,
Michel.

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