Victoria Castro au travail sur la méthode Assimil d'arabe.

Victoria Castro au travail sur la méthode Assimil d’arabe.

Au début de l’été 2012, nous étions tombés par hasard sur un article consacré à la plus jeune bachelière de France, Victoria Castro.
On y apprenait que cette adolescente, qui a décroché son bac S avec mention Très Bien à 13 ans, est aussi une passionnée de langues étrangères maîtrisant déjà cinq langues.  On lisait également que Victoria souhaitait apprendre le persan et, comme nous venions d’éditer le persan dans la collection Sans peine, nous avons décidé de l’aider un peu en lui faisant parvenir un exemplaire de la méthode. Victoria, qui a réussi sa deuxième année de biologie à l’Université de Caen, envisage de faire carrière dans le journalisme, de préférence à la télévision et de préférence au service International afin de mettre à profit ses talents de polyglotte. De façon très libre, elle revient sur sa courte mais riche expérience de l’apprentissage des langues étrangères dans cet article.

Il y a un an, à ma grande surprise, je recevais un message privé sur Twitter de la part des Éditions Assimil. Ils proposaient de m’offrir une méthode de persan.

Le persan est la 6e langue étrangère que j’apprends, après l’anglais, l’allemand, l’arabe, l’espagnol et l’hébreu. Quand je dis que je parle six langues, on me regarde souvent avec des gros yeux en me demandant : “mais comment fais-tu pour en apprendre autant ?”. En fait, les deux premières langues sont de loin les plus dures à apprendre. À partir de la troisième ou de la quatrième, ça devient beaucoup plus facile.

Plus on connaît de langues, plus on trouve de points communs entre elles. Le persan contient beaucoup de mots empruntés à l’arabe, ce qui fait qu’un arabophone n’est pas totalement perdu face à un texte persan. Tout comme les langues romanes et germaniques, le persan est une langue indo-européenne. Il y a donc des mots en commun : dokhtar (fille, daughter en anglais), javân (jeune, joven en espagnol), kelid (clé), bad (mauvais, comme en anglais !) Le verbe est à la fin, comme en allemand, et il y a une particule () pour introduire le COD, comme en hébreu. Je ne parle pas (encore) le serbe ni le croate, mais je sais qu’en serbo-croate, je ne suis pas et tu n’es pas se disent nisam et nisi, contre nistam et nisti en persan, respectivement. Cerise sur le gâteau, pour dire merci en persan, il suffit de dire mersi !

Ces ressemblances facilitent l’étude de nouvelles langues. On peut même s’apercevoir que l’on comprend des langues que l’on n’aurait jamais soupçonné. Un jour, je cherchais des sites d’infos du Timor oriental, minuscule pays insulaire enclavé en Indonésie. Dans cette ancienne colonie portugaise, on parle portugais, ainsi qu’une langue austronésienne, le tétoum. Ne parlant ni indonésien ni malgache, je n’avais visiblement aucune chance de comprendre le tétoum. Je comptais donc sur les sites en portugais, langue assez proche de l’espagnol pour que je la comprenne. J’ouvre un site ; comme je le comprends, il doit être en portugais. Je suis soulagée de ne pas être tombée sur du tétoum. Au fil de ma lecture, un détail m’intrigue : dans mes souvenirs, la lettre k était moins fréquente que ça en portugais… Puis je tombe sur un mot avec une apostrophe ‘ en plein milieu, entre deux voyelles.

Ce n’était pas du portugais.

C’était du tétoum. Et je comprenais le tétoum !!!

Le tétoum comporte tellement de mots empruntés au portugais que l’on peut comprendre des articles écrits dans cette langue. En renvanche, la conversation courante est composée essentiellement de mots austronésiens, ce qui la rend incompréhensible pour des Français.
Si vous voulez tester le tétoum, voici un lien : Timór Lorosa’e. Au début, vous aurez l’impression de ne rien comprendre, mais lisez plus en détail (notamment l’encadré à droite) …

 Pour apprendre les langues étrangères, notamment l’arabe et le persan, j’ai l’habitude d’écouter des chansons et de regarder les infos dans ces langues (en tant que future journaliste, je suis une passionnée d’actu).

Pour le persan, en complément de la méthode Assimil, j’écoute régulièrement RadioJavan, une webradio de musique iranienne. Parmi mes artistes préférés se trouvent le collectif de rap Jadugaran et la pop-star Sepideh, sans oublier le rappeur Erfan. Il y a deux ans et demi, j’étais tombée sur sa chanson Ghabe Shishei (le mur de verre). Je n’avais jamais entendu de persan auparavant. En écoutant ce morceau – d’ailleurs absolument magnifique – je me suis aperçue que le persan était une langue splendide, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’ai appris.

En ce qui concerne l’arabe, ma playlist est remplie de… chansons révolutionnaires syriennes. Certaines, comme celle-ci (commence à partir de 0:26), sont tellement dynamiques qu’elles donnent envie de danser. Oui, oui, croyez-moi, ouvrez le lien et vous verrez. J’apprécie aussi une chanteuse tunisienne, Emel Mathlouthi, dont les chansons appellent également à la révolution…

 Regarder des chaînes d’info étrangères m’a énormément aidé dans l’apprentissage de l’arabe. Pour le persan, la liberté de la presse étant catastrophique en Iran, j’écoute les podcasts audio de la BBC Persian.

Le tout début de mon apprentissage de l’arabe ressemble beaucoup à la “méthode progressive” d’Assimil. Je me suis intéressée à la langue arabe, ainsi qu’au Moyen-Orient dans son ensemble, à partir des révolutions tunisiennes et égyptiennes de début 2011. Je n’ai utilisé de livres qu’un an plus tard, début 2012. Entre les premières manifestations place Tahrir au Caire, le 25 janvier 2011, et la chute de Moubarak, le 11 février, j’ai appris tout l’alphabet arabe en déchiffrant les banderolles des manifestants. De fil en aiguille, j’ai appris mes premiers mots arabes : tahrîr (libération), sha’b (peuple), thawra (révolution) et hurriyya (liberté). Par curiosité, je suis également allée sur le site de la chaîne arabophone d’Al Jazeera. (J’ai aussi commencé à regarder la déclinaison anglophone de cette télévision, ce qui m’a beaucoup aidé pour la compréhension orale de l’anglais). J’ai pris des mots au hasard sur le site et je les ai passés dans un traducteur en ligne pour les comprendre. J’ai très vite trouvé le bouton “buthth al-hayy” (flux en direct) et j’ai regardé la chaîne, sans comprendre grand chose. Je traduisais quelques mots qui ressortaient, comme ‘âjil (urgent / breaking news). Sans cadre ni motivation particulière, je me suis lassée après quelques temps.

 C’est un an plus tard que j’ai recommencé à travailler sérieusement l’arabe. Régulièrement, je regardais Al Arabiya sur mon ordinateur et j’écoutais le flux audio d’Al Jazeera dans le bus, via mon smartphone. Niveau compréhension orale, l’amélioration a été spectaculaire. Regarder ces chaînes avec un dictionnaire, et traduire au vol des mots qui ressortent dans la voix des journalistes ou dans le texte défilant, est très efficace. Les écouter d’une oreille distraite, sans y faire attention, permet aussi de faire des progrès, même si on ne s’en rend pas compte. Au bout d’un moment, un phénomène assez incroyable se met d’ailleurs en place. Je l’ai expérimenté à deux reprises, en arabe puis en persan.

Un jour, sur Al Jazeera, ils parlaient de la torture dans les prisons syriennes. Il suffisait de regarder l’image pour le savoir. Je ne connaissais pas le mot “torture” en arabe. À l’écran, parmi une foule de mots que je ne connaissais pas, s’est détaché le mot ta’dhîb. Je me suis dite, sans raison apparente : “je crois que c’est ce mot qui veut dire torture”. Quelques secondes plus tard, je l’ai entendu dans la bouche d’un des invités (sans comprendre le reste de ce qu’il disait), et là j’ai pensé : “bien sûr que oui, ta’dhîb veut dire torture”. J’ai vérifié dans le dictionnaire, très sûre de moi, et ai vu que c’était bon.

Un peu plus tard, en écoutant des chansons iraniennes, j’ai entendu le mot royâ. C’est un mot qui revient souvent dans les chansons. Je l’ai toujours entendu sans savoir ce qu’il signifiait. C’est donc un jour, en écoutant un de mes morceaux iraniens préférés, que j’ai eu une révélation : “royâ, ça veut dire rêve, c’est une évidence !”. Le dictionnaire a confirmé. À force d’entendre ces mots, ta’dhîb et royâ, le cerveau a fini par en comprendre la signification, en s’aidant du contexte.

 Bien sûr, vu que vous n’êtes pas tous des news junkies comme moi, vous n’allez surement pas regarder les infos. Mais écouter la radio étrangère ou regarder la télé reste particulièrement utile.

Le fait d’apprendre beaucoup de langues en même temps a quand même quelques inconvénients. Je n’ai presque jamais mélangé le vocabulaire des langues que je parle. Par contre, je mélange souvent la grammaire. Par exemple, j’oublie parfois d’ajouter le verbe “être” en espagnol ou en persan, car on ne le met pas en arabe. Quand je parle le français, qui est pourtant ma langue maternelle, il m’arrive de penser en anglais et de traduire mot-à-mot au français, avec des conséquences potentiellement désastreuses.

Des fois, je n’arrive pas à penser dans la langue que je veux. En voulant penser en espagnol, par exemple, je peux passer par l’arabe, le persan, l’allemand, sans jamais arriver à penser le moindre mot dans la langue de Cervantès…

Pendant les deux premières semaines de juillet, j’étais en stage de journalisme à Radio France International, au service International et plus précisément au bureau Proche-Orient. Plus que mon persan, ce sont surtout mes compétences en arabe qui m’ont servi, pour par exemple faire des recherches sur les membres de l’opposition syrienne. Mon niveau d’arabe est juste un cran trop bas pour comprendre en détail les journaux. Quant aux chaînes d’info arabes, j’en comprends environ un tiers. Une seule fois, j’ai pu traduire pour un collègue le début d’un post Facebook écrit en persan. Vers la fin de mon stage, une Iranienne travaillant à l’étage d’au-dessus nous a rendu visite. Je n’avais jamais parlé en persan, mais malgré ma timidité, nous avons pu échanger quelques phrases. À mon grand étonnement, elle m’a félicité pour mon accent. Ce sont probablement les enregistrements audio d’Assimil qui m’ont fait prendre correctement l’accent persan !
Victoria Castro (Twitter : @EVictoriaCastro), juillet 2013

Radio Javan : http://www.radiojavan.com/
BBC podcast Radio Select (Persian) : http://www.bbc.co.uk/podcasts/series/jjn
Al Arabiya : http://www.alarabiya.net/
Al Jazeera : http://www.aljazeera.net/portal